Le plan qui fait râler les pêcheurs de crevettes et du poulpe

Les professionnels de la pêche côtière observent depuis une quinzaine de jours, un arrêt forcé des activités, en guise de protestation contre le nouveau plan d’aménagement de la pêche crevettière élaboré unilatéralement par le département de la pêche maritime, et dont les dispositions n’arrangent en rien leurs affaires.
Ce sont les armateurs et capitaines des bateaux de la pêche côtière rattachés au port de Casablanca qui ont ouvert le bal, avant que le mouvement de protestation ne s’étende aux autres ports du royaume qui longent la côte d’Agadir jusqu’à Nador. Les professionnels observent depuis mardi un sit-in à Rabat, devant le siège du ministère de l’Agriculture et de la pêche maritime.
Pour tenter de trouver un terrain d’entente avec l’administration de tutelle, apprend-t-on à la Confédération nationale de la pêche côtière (Cnpc), les représentants de la profession ont demandé le 20 décembre dernier, à être reçus par le ministre de l’Agriculture et de la Pêche maritime, Aziz Akhannouch.
C’est chose faite ce mercredi, il semble qu’une délégation de la profession a été reçue au siège du ministère qui a publié à l’issue de cette rencontre, un communiqué dans lequel il annonce une nouvelle mouture du plan d’aménagement de la pêche crevettière pour l’année 2013.
Le nouveau texte, précise le département d’Akhannouch, reprend certaines mesures de l’ancien plan adopté en 2011, tout en le renforçant par de nouvelles mesures « en vue de mieux l’adapter à la réalité de l’exploitation de cette pêcherie ». D’autres mesures supplémentaires sont programmées pour l’exercice 2014.
Le département de tutelle, se dit plutôt soucieux de garantir le redressement du stock des crevettes et d’en assurer une exploitation rationnelle et durable, à travers notamment la protection de la ponte des crevettes dans des zones et des périodes précises, ainsi que la protection des juvéniles durant la période de « recrutement des jeunes crevettes ». Pour rappel, la période de ponte s’étale dans les zones allant de Casablanca à Kénitra et d’Essaouira à Agadir, du 20 janvier, alors qu’entre Kénitra et Asilah, elle s’étale du 20 février au 20 mars. Le Maroc produit annuellement entre 2.000 et 2.500 tonnes de crevettes roses et 30 tonnes de crevettes royales.
En attendant de connaître les détails du nouveau plan, les professionnels, a assuré Mohamed Allalou, secrétaire général de la CNPC, ne rejettent pas le dit Plan d’aménagement et ne sont nullement opposés à la politique de sauvegarde et de préservation des ressources halieutiques nationales. Par contre, ils souhaitent le report de ce plan jusqu’à 2014, et invitent les chercheurs de l’Institut national de recherche halieutique (INRH) de les accompagner en mer pour pouvoir dresser l’état des lieux et quantifier ainsi les stocks réels au lieu de se contenter uniquement des données fournies par l’Office National de la Pêche (ONP).
Pour la Confédération, toute planification doit tenir compte de la répartition des quotas selon les espèces du poisson et fruits de mer par zones, ce qui n’est pas le cas du plan crevettier ni encore celui du poulpe.
A titre d’exemple, pour les crevettes présentes seulement dans les zones de pêche en allant d’Agadir vers le nord et la Méditerranée, le plan prévoit 5 caisses par bateau et par marée soit l’équivalent de 100 kg, et tout dépassement est assorti de lourdes pénalités qui peuvent conduire à la contrainte par corps en cas de récidive.
En plus, le plan délimite les zones selon les périodes. Au-delà de 6 et 10 miles marins pour la pêche et 12 miles pour les congélateurs et en cas de dépassement, les armateurs s’exposent à des sanctions.
Pour le poulpe qu’on ne trouve que dans les eaux de Laâyoune à Boujdor, cette espèce est soumise à un repos biologique généralisé à toutes les zones de pêches nationales aux fins d’éviter la pêche illicite, non déclarée et non règlementée.
Au niveau de la répartition des quotas, les pêcheurs du Sud disposent de 3 tonnes par bateau et par marée alors que ceux du Nord (de Laâyoune à Nador) ne bénéficient que de 400 kg.
Donc, le plan d’Akhannouch reste aux yeux de la Confédération, plein d’incohérences et repose sur des données non scientifiques peu fiables. Dans sa nouvelle mouture, ce plan a-t-il vraiment répondu aux attentes des professionnels ? Ce n’est pas si sûr, on en saura un peu plus dans les jours qui viennent.

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