Chute libre des prix du poulet de chair : des éleveurs vont laisser des plumes

La panique a repris de plus belle chez les éleveurs de poulets de chair. La filière est de nouveau ébranlée par une baisse conséquente des prix de vente du poulet vif qui marquent une chute libre après une courte période de vaches grasses. Le poulet de chair vif se vend actuellement à 11 DH le kilo au départ de la ferme, soit un à deux Dirhams de moins que le coût de production qui oscille entre 12 et 13 DH. Les causes de cette nouvelle dégringolade, les professionnels les imputent en premier lieu à l’abondance de l’offre sur le marché national, aux intermédiaires qui cassent les prix pour augmenter leurs profits, mais également à la baisse des prix de vente des viandes rouges, dont le secteur est rudement mis à l’épreuve par la sécheresse. Avec la croissance des prix de l’aliment de bétail et la rareté des pâturages, les éleveurs préfèrent brader à bas prix, une partie de leur cheptel pour tenter de sauver le reste. Cette pratique a entrainé une chute sensible des prix des viandes bovines, ovines et caprines chez les bouchers ce qui s’est répercuté négativement sur ceux des viandes blanches. Pour freiner la débâcle, la Fédération interprofessionnelle du secteur avicole (Fisa) est entrée en contact avec les professionnels pour les convaincre de réduire la production nationale de 12% d’ici fin 2012. Compte tenu de la tarification actuelle de l’aliment composé, le prix de vente du poulet de chair vif devrait être supérieur à 13 DH/Kg pour éviter les pertes, sachant que l’aliment composé intervient pour plus de 65% dans le coût de production du poulet de chair. Pour les producteurs qui ont contracté des crédits bancaires pour monter leurs projets, il faut prévoir un surplus pour couvrir les services de la dette (intérêts, agios etc.). Alors que les professionnels estiment que pour amortir les investissements, le kilo devrait être facturé à 13,50 DH. Et si l’on y rajoute 3,50 DH pour couvrir le circuit intermédiaire et les frais de transport, le consommateur devrait payer son poulet vif à 17 DH le kilo. Avec les cours actuels du marché, les éleveurs vendent à perte, soutient la Fédération, mettant en garde contre le risque de faillites en série dans la filière.
Le président de la Fisa, Khaireddine Soussi, impute les causes de la chute des prix de vente de la volaille à l’envolée du prix du pétrole qui génère des surcoûts liés à un renchérissement des intrants comme le maïs et le tourteau. En plus, la vague de froid qu’a connue le pays de décembre à février, a eu elle aussi des incidences sur le coût de production. Les éleveurs utilisent plus de gaz butane pour le chauffage des poussins et les poulets consomment plus d’aliment pour un même tonnage de viande en temps normal. En plus, les maladies respiratoires devenant très fréquentes, causent plus de mortalité et génèrent des frais supplémentaires pour les traitements vétérinaires.
En plus des difficultés conjoncturelles, le secteur souffre encore de beaucoup de maux d’ordre structurel. C’est le secteur le plus ouvert et donc le plus accessible aux intrus attirés par la facilité du gain. Il suffit de louer des bâtiments d’élevage pour brasser des sommes colossales sans avoir besoin de s’adresser à sa banque ni fournir des garanties réelles pour accéder aux crédits fournisseurs. Les provendiers ou vendeurs d’aliment composé et même certains accouveurs, n’imposent aucune restriction à la livraison de leurs marchandises. Il suffit au nouveau client de se munir de chèques de garantie pour régler ensuite régler la note après avoir vendu sa volaille. D’ailleurs même au bureau de la fédération, ils sont conscients de ces failles dont souffre le secteur, sachant que l’investissement de départ qui n’est pas assez capitalistique, rend l’entrée dans le club peu ou pas du tout verrouillée.
En tout, le secteur compte 6.030 élevages de poulets de chair agrées et répertoriés par la Fisa, mais très disparates, ils agissent souvent à titre individuel et non au sein de structures organisées. C’est, entre autres, pour cela que nombre de professionnels sont aujourd’hui dans une mauvaise posture envers leurs fournisseurs et leurs banques. Face à cette situation, la Fédération se voit les mains liées. «Nous ne maîtrisons pas le circuit de commercialisation et nous n’arrivons pas à organiser et à regrouper les éleveurs pour qu’ils soient en mesure d’échapper à la voracité des intermédiaires. Nous agissons dans le sens de l’agrégation pour venir à bout de l’absurdité du circuit actuel», explique Khaireddine Soussi.
Le seul moyen de défense du secteur dont dispose pour l’instant la fédération est celui de sensibiliser les professionnels à l’impérieuse nécessité de réduire leur production. Mais là aussi la fédération n’a aucun pouvoir discrétionnaire, les avis étant souvent partagés et chacun des producteurs fait ce qui l’arrange le mieux, augmenter, baisser ou maintenir le rythme de sa production sans se soucier des autres. A fin février 2012, la production a augmenté de 4% par rapport à février 2011, et ce en contradiction avec les recommandations de la Fédération.
Pour réguler le marché du poulet de chair, la fédération, comme l’explique son président, s’est adressée en premier chef aux accouveurs et importateurs/ éleveurs de poulets reproducteurs qui vendent le poussin d’un jour alimentant les élevages de poulets de chair. Dès le début des importations en août 2011, les premiers arrivages au Maroc ont accusé une baisse 10%, mais compte tenu des délais du cycle de production du poulet de chair, les effets de cette baisse ne se feront sentir qu’à partir de mai-juin 2012. Néanmoins, il faudra attendre la fin de l’année pour pouvoir évaluer l’impact de la réduction de la production sur les prix de vente de la volaille. Si la tendance baissière des prix de vente se maintient, ce sont les éleveurs les plus endettés, et non les poulets qui vont laisser des plumes.

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