Risques élevés d’une pénurie de poissons dans la baie d’Al-Hoceima

Le volume des débarquements de poissons et des produits de la mer dans les ports des côtes marocaines de la Méditerranée est en chute libre par rapport à celui des ports de la façade atlantique. Le phénomène de l’appauvrissement des ressources halieutiques ne date pas d’hier, puisque dans les années 1990, on signalait déjà la disparition totale des anchois dans la baie d’Al Hoceima. Parmi les principales raisons de la raréfaction des poissons et autres fruits de mer, les responsables locaux en charge du secteur citent notamment le recours aux techniques de pêche destructrices du biotope, notamment celles installées à bord de certains bateaux de pêche interdits, l’utilisation de filets avec de minces mailles, l’utilisation de la TNT, outre les produits chimiques versés dans les rivières qui affluent vers le littoral de la Méditerranée. En plus, la collecte illicite des alevins (œufs des poissons), la pêche du poisson juvénile et la pêche dans une faible profondeur près des côtes, où se reproduisent la plupart des espèces de poissons, empêchent également l’éclosion des œufs et la reproduction des poissons.
A ces facteurs humains, explique le président de l’Association des marins pêcheurs à Al Hoceima, Mohamed Benziane, viennent se joindre le manque de moyens de surveillance et d’autres facteurs naturels tel le réchauffement climatique qui augmente les températures des eaux de mer, accentue le déficit des chutes de pluie nécessaire à la reproduction des poissons et met en péril la viabilité de l’ensemble de l’écosystème.
La baie d’Al-Hoceima ou comme on la surnommée la  »Perle de la Méditerranée », le secteur de la pêche maritime fait vivre de 7 à 8.000 personnes entre marins et employés divers et leurs familles.
Néanmoins, ces dernières années, Les ressources halieutiques n’ont cessé de se dégrader atteignant un niveau jugé catastrophique, par les professionnels et les responsables locaux du secteur de la pêche.
Pour remédier tans soit peu, à la situation, ces derniers proposent un vaste plan d’action pour la protection de la biomasse et la lutte contre la pêche illicite, la programmation et le respect des périodes de repos biologique, le contrôle des tailles des mailles des filets, le bannissement des filets dits moustiquaires (ayant de très petites mailles) et la protection des zones de reproduction. Il s’agira aussi d’une large sensibilisation des pêcheurs et des citoyens à la protection des ressources halieutiques, et l’environnement marin.
L’exploitation irresponsable des ressources halieutiques dans la baie d’Al Hoceima nécessite une intervention urgente de toutes les parties concernées, soutient le président de l’Association de Gestion Intégrée des Ressources (AGIR), Houssine Nibani.
Au large d’Al Hoceima comme dans les autres ports marocains de la Méditerranée, notamment Nador, M’diq et Tanger, le poisson pourrait manquer dans les toutes prochaines années.
Dans la région pauvre d’Al Hoceima, où la pêche est l’une des principales sources de revenu, quand on sait que l’agriculture étant très subsidiaire ne fait que favoriser la culture du cannabis, les professionnels sont de plus en plus inquiets face aux pratiques d’une pêche illégale et prohibée.
Dans la même optique, le délégué régional de la pêche maritime à Al Hoceima, Driss Tazi, a souligné que dans l’objectif d’atténuer les méfaits de cette exploitation excessive et irresponsable, une Commission spéciale sera créée pour assurer le suivi et le contrôle des ressources de poisson exploitées et veiller au respect des lois en vigueur.
La délégation régionale est par ailleurs, en train de développer des projets visant la reconstitution des ressources halieutiques perdues en créant des récifs artificiels et en encourageant l’aquaculture.

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